Vous allez lire ci-après deux textes fort instructifs. Mais avant de vous laisser à sa lecture, j'ajoute ces quelques infos: 

Pratiquement tous les chats portent des corona virus. Qu'ils soient de gouttière ou nés dans un élevage de race. Le nombre de chats foulant les trottoirs, les pelouses publiques, les escaliers de nos maisons est supérieur au nombre de chats vivant en milieu clos, sans corona. Tous les chats "libres" sont susceptibles d'excréter les corona et d'en laisser un peu partout. Marcher sur un trottoir, se balader en forêt, monter ses escaliers, rendre visite à des personnes vivant avec des chats sont autant d'occasions de ramasser des corona et de les rentrer à la maison, par les semelles. 

Très peu de chats meurent de PIF: 2% des chats porteurs, sans doute un % équivalent chez les non porteurs. 

Le chat malade est rarement isolé. La plupart du temps, ça se passe chez des particuliers. Avant l'autopsie, on ne sait pas que le chat est malade de PIF, et on le laisse vivre ses dernières heures dans son confort habituel. Ses compagnons, quand il y en a,  continuent de dormir avec lui, de le toiletter. Le petit malade se fait dorloter par toute la famille  jusqu'à ce qu'en bout de course, on l'euthanase. Très rarement un compagnon de ce chat décéde de PIF dans les mois qui suivent: cette maladie-là n'est pas contagieuse.

Trop souvent certains vétérinaires attribuent le décès d'un chat à la PIF. C'est une maladie facile à accuser derrière laquelle se cachent souvent ceux qui n'ont pas suffisamment cherché ce dont souffrait réellement le chat. Il faut admettre, à leur décharge (?), que les examens nécessaires à la connaissance du mal qui ronge la santé du chat peuvent très rapidement coûter des sommes pharaoniques. C'est plus facile de dire: "votre chat avait la PIF" que de demander aux gens jusqu'à quel point ils peuvent s'investir financièrement pour trouver la maladie de leur chat, et reposer la question lorsqu'il faudra déterminer les soins.

Ça arrange aussi une certaine catégorie d' " éleveurs " qui font croire que chez eux il n'y a aucun risque et que leurs " collègues " (lire concurrents) en sont atteints.

Il faut cesser de faire de la PIF un épouvantard.

 

Voici maintenant le premier document dans son intégralité :

Le point sur la PIF par Myriam GULLAUD

        La PIF ou Péritonite Infectieuse Féline est la nouvelle maladie honteuse du monde félin. Un cas de PIF dans une chatterie ? Forcément dû à une mauvaise hygiène ! « Ça n’arriverait jamais dans la mienne »… Combien de fois n’ai-je pas entendu cette phrase… Mais… En êtes-vous si sûr ? Comment être certain de ne jamais être touché ? Quelques précisions pour y voir plus clair.

        La PIF apparaît chez certains chats porteurs d’un virus de la famille des coronavirus (de même que l’agent de la pneumopathie atypique, qui, cependant, n’appartient pas à la même sous-famille). Les coronavirus sont des virus à ARN enveloppé : l’information génétique est portée par un brin d’ARN, contenu dans une capsule protéique, elle-même enveloppée par une membrane lipidique parsemée de protéines virales. Ces virus présentent un taux de mutation très élevé et il est probable que chaque individu porteur héberge au moins une souche virale qui lui est propre.

        Je crois que ce qu’il faut avant toute chose garder à l’esprit, c’est le faible pourcentage de chats porteurs de coronavirus qui développent effectivement une PIF. L’étude menée par le Dr Addie (1) insiste sur ce point : en effet, il faut noter la mortalité de 100% dans les 5 ans dans le cas de l’infection par le FeLV contre seulement 10% dans le cas des coronavirus. D’autres études avancent des chiffres de l’ordre de 2 à 5%.

        Les très jeunes chats et les chats âgés sont les principales victimes. La puberté, ainsi que la stérilisation semblent, d’après les témoignages de propriétaires et d’éleveurs, être des facteurs déclenchant. D’autres faits font penser à une sensibilité héréditaire, c’est-à-dire à un facteur génétique. La Winn Feline Foundation résume ainsi les facteurs de risques sur son site Internet (2) :

-      l’âge du chat (les jeunes sont plus sensibles)

-      la sensibilité génétique (comptant pour environ 50% dans l’apparition d’une PIF)

-      la proportion de porteurs chroniques de coronavirus dans l’environnement

D’un point de vue moléculaire, il est pratiquement admis que le virus mute en se répliquant chez son hôte, produisant parfois une souche virulente. Néanmoins, la cause de cette virulence reste inconnue. Et avant que tout le monde ne panique, j’ajoute que d’après les études, le chat n’est à ce moment-là plus ou très peu contagieux pour ses compagnons (3), les souches virulentes semblant moins promptes à se transmettre.

        En l’état actuel des connaissances, l’éleveur félin se trouve face à un choix :

-      Sélectionner des chats résistants, ce qui implique de travailler en présence de l’agent pathogène, c’est-à-dire, dans un environnement coronavirus positif.

-      Travailler dans un environnement coronavirus négatif.

Par cet article, nous espérons vous donner non pas une ligne de conduite, mais suffisamment d’informations pour que vous puissiez faire vous-même votre propre choix.

        Nous commencerons par traiter le cas de la résistance à la PIF. Nous ne parlerons pas ici des 4% de chats résistant à l’infection par les coronavirus, signalés dans l’étude reportée sur le site Internet du Dr Addie (4). Nous allons nous focaliser préférentiellement sur cette majorité de chats porteurs de coronavirus et qui ne développent jamais une PIF.

        Dans une revue de 1999, P.J. Rottier conclut sur l’importance d’un système immunitaire capable sinon d’empêcher complètement l’infection, du moins de la contenir au maximum (3). Compte tenu des connaissances actuelles, il semble préférable de ne pas sélectionner une forte réponse anticorps et de privilégier une bonne immunité cellulaire (leucocytes et macrophages). Le problème est qu’aucun test ne permet de contrôler ce paramètre pour l’instant, et qu’on ne peut donc que choisir d’écarter de la reproduction les étalons et les femelles dont plusieurs descendants sont décédés de la PIF.

        Cette approche basée sur la sélection des lignées a ses avantages : elle permet de limiter considérablement la probabilité de PIF si un chaton est placé dans un environnement coronavirus positif. Une étude décrite par K. Hok (5) rapporte le très haut taux de mortalité de chatons coronavirus négatifs lorsqu’ils sont placés dans un environnement coronavirus positif : 90 à 100% des chatons décédés dans les 2 mois suivant l’introduction des chatons dans l’environnement contaminé, à comparer avec le taux de seulement 5% de mortalité chez les porteurs de coronavirus. Le risque non négligeable, en contrepartie, c’est de voir mourir plusieurs de ses chatons de PIF le jour où l’on aura fait le mauvais choix sur l’un de ses reproducteurs…

        Reste l’autre option : tenter d’avoir une chatterie indemne de coronavirus. Dans ce cas, les risques et les avantages sont inversés. Le point bénéfique, c’est que si les chatons sont maintenus dans un environnement coronavirus négatif, on peut être sûr à 100% qu’ils ne développeront jamais la PIF. En revanche, il y a une très forte probabilité pour que ces chatons, mis en présence de coronavirus, déclenchent une PIF dans les 3 semaines suivant cette mise en contact (5) et décèdent dans les 2 mois qui suivent (note personnelle : ce laps de temps est sans doute augmenté de nos jours, compte tenu des traitements ayant été mis en place).

        Certains éleveurs pensent qu’il est impossible d’obtenir une chatterie indemne de coronavirus. C’est méconnaître les récents progrès en matière de tests de détection de la présence de coronavirus. Toutefois, il me semble qu’obtenir une chatterie indemne de coronavirus est plus aisé pour quelqu’un qui débuterait l’élevage actuellement, et avec un faible effectif. Dans le cas d’un débutant, la façon de faire est assez simple : il « suffit » d’acquérir des reproducteurs coronavirus négatifs (je détaillerai plus loin les tests). Il faut rester conscient qu’aucun test de détection n’étant fiable à 100%, plus on multipliera les acquisitions, plus on prendra le risque d’introduire un faux négatif dans la chatterie. Un effectif limité – ou le partage d’un fort effectif en petits sous-groupes - me semble donc être une bonne garantie pour maintenir un effectif coronavirus négatif.

        Le Dr Addie, sur son site Internet (4), détaille la procédure pour tenter d’obtenir une chatterie négative lorsque l’élevage est préexistant. La technique implique de faire pratiquer des tests répétés pendant 8 à 12 mois, chaque mois, sur l’ensemble des chats. Voici ses recommandations :

-      Séparer les chats en petits groupes (3 à 4 individus maximums) en fonction du résultat du test de détection (même taux de coronavirus = même groupe).

-      Replacer les porteurs chroniques, c’est-à-dire, ceux qui ne se sont pas débarrassés du virus.

-      S’il y a des chatons d’une mère positive, pratiquer un sevrage précoce. Le sevrage précoce consiste à séparer les chatons de la mère entre 5 et 6 semaines. Compte tenu de la race que nous élevons, il me semble plus judicieux de cesser toute reproduction durant la négativation de la chatterie.

Nous allons maintenant détailler les tests existant sur le marché et appelé à tort « tests PIF ». Premièrement, je vous invite vivement à ne plus employer ce terme, et à lui préférer celui de « test coronavirus ». En effet, à ce jour, AUCUN test ne fait la différence entre la présence de coronavirus bénins et la présence d’une souche virulente susceptible de déclencher une PIF… Et pour cause, voir le début de cet article.

Quels sont les tests actuellement sur le marché ? Ils sont nombreux, mais on peut d’ores et déjà en déconseiller fortement certains.

1.   Le test par électrophorèse des protéines

Ce test permet de doser la proportion des différentes globulines (anticorps, pour simplifier) dans le sang. Le rapport A/G (albumine/globuline) est l’un des paramètres à mesurer dans le cas d’une suspicion de PIF. Mais il ne permet absolument pas de prédire la présence ou non d’un coronavirus félin, pas plus que de savoir si oui ou non, le chat déclenchera une PIF. L’électrophorèse est un outil de diagnostic, pas de suivi d’un élevage. Il est donc à proscrire pour l’usage dont nous parlons ici.

2.   Le bilan PIF

Là encore, il s’agit d’un outil de diagnostic. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un bilan mesurant différents paramètres. Il n’est d’aucune utilité pour le suivi d’une chatterie.

3.   Le test ELISA

Il s’agit d’un test basé sur la détection d’anticorps anti-coronavirus. La détection se fait sur un échantillon sanguin. La réponse est du type oui / non. L’inconvénient d’un tel test est qu’il présente de très nombreux faux négatifs, mais également de nombreux faux positifs. Il n’est donc pas considéré comme fiable.

4.   Le test ImmunoComb de Biogal Galed Laboratories

Cette remarque est toutefois à nuancer puisqu’il semble qu’un test en kit, de cette nature, ait été développé avec de bons résultats. Il s’agit du test ImmunoComb. Ce test présente l’avantage de ne pas sortir de faux négatifs… Quelques faux positifs ont été signalés lors de l’étude. Cette excellente nouvelle a été annoncée par le Dr Addie lors du symposium sur la PIF qui s’est tenu à Glasgow début août 2002. Vous pourrez retrouver cette information sur le site de Biogal Galed Labs (6). Ce test est un progrès considérable puisqu’il peut être réalisé directement au cabinet vétérinaire !

5.   Le titrage anticorps

Sous ce terme générique, on englobe toutes les techniques consistant à déterminer le taux d’anticorps anti-coronavirus présent dans l’échantillon sanguin. À la différence du test ELISA, une multitude de dilutions de l’échantillon sanguin sont testées, ce qui permet d’avoir une bonne idée du taux d’anticorps. Il est important de noter que le titrage obtenu est variable en fonction du laboratoire qui le pratique. Les tests réalisés à Glasgow (Companion Animal Diagnostic, UK, voir le site du Dr Addie, 4) et à Cornwell (USA) offrent actuellement la meilleure corrélation avec l’excrétion effective de coronavirus par le sujet. De plus, il semblerait qu’un titrage inférieur à 1/10 à Glasgow permette d’affirmer la négativité du sujet.

6.   Les tests PCR

Les tests PCR détectent directement les coronavirus, ou plus exactement leur matériel génétique, l’ARN. La technique dite de RT-PCR quantitative permet de quantifier avec une excellente précision le nombre de particules virales dans l’échantillon.

Il est capital de comprendre que ce test ne doit pas être pratiqué sur échantillon sanguin : les coronavirus ne passant pas systématiquement la barrière intestinale, un tel test présente trop de risques de faux négatifs. Par ailleurs, contrairement à une idée très répandue, ce n’est pas parce que le virus est retrouvé dans le sang que le chat développera automatiquement une PIF, et inversement… Il n’y a pas de corrélation entre la présence des coronavirus dans le sang et le développement d’une PIF.

Le test idéal est pratiqué sur écouvillon rectal, mais il peut aussi se pratiquer sur un échantillon de selles. Il constitue une « photographie » du statut du chat (excréteur ou non-excréteur) à l’instant où est prélevé l’échantillon. Pour établir avec certitude la négativité d’un chat, il convient d’obtenir 5 résultats négatifs à un mois d’intervalle chacun.

Le laboratoire SCANELIS de Toulouse propose un test ayant un seuil de détection très faible (100 copies). Un test est facturé 31,77 euros HT, avec possibilité de remise si plusieurs échantillons sont envoyés en même temps. Le résultat est présenté en 6 classes :

-      Négatif : aucun virus n’a été détecté
-      Très faible : virus détecté, mais l’animal n’excrète pas
-      Faible : virus détecté, mais l’animal n’excrète pas
-      Moyen
-      Fort : le chat est excréteur de coronavirus
-      Très fort : le chat est excréteur de coronavirus

Je crois que l’on peut raisonnablement penser que ces tests sont une avancée. Certes, aucun n’est véritablement fiable à 100%, et tous nécessite d’être répétés pour avoir une bonne idée du statut d’un chat, et de la chatterie en général, mais les taux de fiabilité ont considérablement progressé ces dernières années. Néanmoins, il me semble important aussi de prendre conscience que nos chats ne sont pas isolés du reste du monde et que les tests doivent par conséquent être renouvelés fréquemment. Chaque animal parti en saillie, ou ayant reçu une saillie, devra être retesté (avec un laps de temps pour laisser la possibilité au virus de se développer, le cas échéant, et donc, d’être détecté).

Le problème majeur auquel, je crois, les éleveurs vont désormais avoir à faire face, est la séparation qui s’amorce entre chatteries positives et chatteries négatives. Il me semble que cette séparation est dangereuse pour l’avenir de nos races. C’est pourquoi je voudrais signaler ici qu’il est possible d’accoupler un mâle positif à une femelle négative (ou inversement) sans que le chat négatif soit contaminé. La technique est spécifiée sur le site du Dr Addie (4). Elle découle du fait que les coronavirus se transmettent essentiellement, et quasi-exclusivement par le partage de litière (i.e. les selles). Si un tel accouplement est nécessaire (j’entends pour le programme d’élevage), il faut alors veiller à ce que les 2 chats ne partagent pas la même litière, en ne les laissant ensemble que le temps de s’accoupler. Le chat négatif devra, bien entendu, être isolé du reste de l’effectif négatif au retour de saillie, et tester 15 jours après.

Comme vous avez pu le constater, la PIF n’est plus une fatalité. Ou plutôt ne devrait plus être une fatalité. Chaque éleveur doit prendre ses responsabilités face à cette maladie, et ne pas jouer la politique de l’autruche. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie assumer les risques décrits plus haut. Vous avez choisi d’avoir des chats positifs ? Alors, assumez-le pleinement, et acceptez d’informer les futurs propriétaires sur les risques encourus par le chat. Offrez une garantie : vos lignées sont sélectionnées sur la résistance à la PIF, cette garantie a donc peu de risque d’avoir à fonctionner, mais elle doit être offerte pour une question évidente d’éthique. Je ne pense pas que personne me contredise sur ce point.

Vous avez une chatterie négative ? Vous vous dites que par conséquent, vous ne devez rien à personne, et que ce n’est pas votre faute si l’un de vos chatons décède de la PIF… Et bien, à mon sens, vous avez tort ! Il me semble avoir parfaitement décrit le risque qu’un éleveur travaillant avec un effectif négatif accepte de faire prendre à ses chatons… À vous, donc, d’assumer également. J’ajoute qu’il faut aussi prendre en compte le fait  que la condition physique du chat joue un rôle dans le déclenchement de la PIF, de même que le stress. Or, il est du devoir de l’éleveur de veiller à la bonne condition physique du chaton, et à réduire le stress du nouvel environnement au maximum, grâce au travail de socialisation. En d’autres termes, même si la chatterie est négative, l’éleveur conserve une responsabilité face à la PIF. Je suis d’avis que dans ce cas aussi, une garantie devrait être offerte à l’acquéreur du chaton.

À chacun donc d’assumer ses choix. Et à personne de les juger. J’ai volontairement choisi de ne pas développer ici mon cas personnel, parce que je ne souhaite influencer personne. J’espère que chacun trouvera dans ce texte les réponses à ses questions. La science avance lentement dans ce domaine… À nous éleveurs de l’aider au maximum, en transmettant systématiquement les informations sur nos cas de PIF. Cette transparence ne pourra se faire que si on cesse de jouer les autruches et de montrer du doigt ceux qui ont eu à faire face à cette ignoble maladie.
Myriam Gullaud

Bibliographie / sites internet :

1.
D.D. Addie, J.M. Dennis, S. Toth, J.J. Callanan, S. Reid and O. Jarrett. 2000. Long-term impact on a closed household of pet cats of natural infection with feline coronaviruses, feline leukaemia virus and feline immunodeficiency virus. Veterinary Research 146 (15) : 419-424.

2. http://www.winnfelinehealth.org/reports/FIP-update-pt3.html

3. Peter J.M. Rottier. 1999. The molecular dynamics of feline coronaviruses. Veterinary Microbiology 69 : 117-125.

4. http://www.dr-addie.com

5. K. Hok. 1993. Morbidity, mortality and coronavirus antigen in previously coronavirus free kittens placed in two catteries with feline infectious peritonitis.
Acta Vet Scand 34 (2) : 203-210.

6. http://www.biogal.co.il/search_topics/international_fcov_fip.htm

 

 

Et voici le deuxième document. 

 

Le 1er Décembre à Toulouse, s'est tenue la première rencontre  entre Eleveurs Félins et Vétérinaires, sous l'égide de l'AFVAC et de la Société Française de Felinotechnie.
L'Institution des Chats Sains y était présente et nous vous livrons ci-dessous un extrait des présentations des Professeurs et Vétérinaires étant intervenus
En espérant que ces informations vous permettrons de mieux comprendre cette infection qu'est la PIF.

Avant-propos

Décrite pour la première fois en 1960 à Comell (NY) par celle qui fut la première vétérinaire pour chats, Jean HOLZWORTH - enfant, elle aménagea dans la grange familiale, son « premier hôpital pour chats », la Péritonite Infectieuse Féline continue d'être une pathologie à la fois insidieuse, mystérieuse et pour laquelle de nombreuses questions demeurent. Rarement une pathologie aura suscité autant d'angoisses, de non-dits, de doutes. Vétérinaires, éleveurs et propriétaires de chats partagent les mêmes attentes : en savoir plus, comprendre, prévenir et qui sait, un jour, pouvoir guérir les chats atteints. C'est la raison pour laquelle ce sujet s'est imposé comme thème des premières Rencontres Eleveurs félins et Vétérinaires organisée dans le cadre du Congrès AFVAC et pour laquelle nous nous sommes associés à la Société Française de Félinotechnie, impliquée depuis près de vingt ans dans le monde félin. Nous avons le plaisir d'accueillir deux spécialistes français du diagnostic vétérinaire, avec Corine BOUCRAUT-BARALON et Pascal PRELAUD, ainsi que deux experts de renommée internationale, qui consacrent toutes leurs recherches à la Péritonite Infectieuse Féline, Diane ADDIE de l'Université de Glasgow et Marian HORZINEK de l'Université d'Utrecht, et nous font l'honneur de venir partager avec nous leurs connaissances.

Que les partenaires de ces Premières Rencontres Eleveurs félins/Vétérinaires, les sociétés MERIAL et ROYAL CANIN, soient remerciés pour leur contribution ainsi que les conférenciers. En souhaitant que cette première se renouvelle, et soit un lieu d'échange et de partage.

Dr Anne-Claire CHAPPUIS-GAGNON Prof B.-M. PARAGON

Présidente du GENOEF Président de la SFF

La PIF : quand faut-il y penser?

Pascal Prélaud, DV, dip ECVD

CERI, 8 rue de Saintonge, 75003 Paris

Cabinet de Dermatologie Vétérinaire, 17 rue Fernet, 94700 Maison -Alfort

prelaud@wanadoo.fr

Rappels étiopathogéniques

Biotypes FECV et FIPV

Il existe des dizaines de souches différentes de Coronavirus félins (FCoV).On distingue parmi ces Coronavirus les Coronavirus entéritiques qui se multiplient uniquement dans les entérocytes et ont un pouvoir pathogène faible ou nul (FECV) et les virus de la PIF (FIPV) capables eux de se multiplier dans les macrophages. Ces deux biotypes sont très proches d'un point de vue antigénique et génétique.

Une des caractéristiques des Coronavirus, comme la plupart des virus à ARN, est leur fort pouvoir de mutation. Cette mutation, par délétion (gène 7b), se fait dans le sens d'une sélection d'un accroissement du pouvoir pathogène. Ainsi, un coronavirus entéritique banal devient pathogène par mutations successives.

Transmission : « Maladie des bacs à litière »

Transmission par ingestion ou inhalation à partir de la salive et des selles de chats infectés, soit directement de chat à chat, soit indirectement à partir des gamelles ou des bacs à litière.

Les coronavirus sont très infectieux : 95 % à 100 % des chats en contact avec un chat infecté sont contaminés en 2 semaines.

Le virus est excrété dans la salive et les selles pendant plus de 8 mois après séroconversion jusqu'à un maximum de 12 à 24 mois.

Environ un chat séropositif sur 3 est excréteur.

Par contre, les chats malades ne sont plus excréteurs et les animaux sains séronégatifs ne sont généralement pas excréteurs.

Pathogénie

Un coronavirus devient pathogène lorsqu'il est capable d'infecter les macrophages. Dans ce cas, il va pouvoir circuler dans tout l'organisme. Celui-ci répond en synthétisant des quantités très importantes d'anticorps. Ces anticorps forment avec les virus des complexes immuns qui en se déposant sur la paroi des vaisseaux vont provoquer des lésions de ces derniers (vascularite). Les symptômes dépendent donc des vaisseaux atteints et peuvent concerner tous les organes.

Quand y penser ?

La PIF est typiquement protéiforme, la symptomatologie dépendant du type de vaisseau atteint. Outre la symptomatologie, certains facteurs de risque sont tels qu'ils font de la PIF une hypothèse diagnostique majeure dans certains contextes.

Facteurs de risque

Âge

Les chats de tout âge peuvent déclarer la maladie, mais elle s'observe surtout chez les animaux jeunes (de trois mois à trois ans) et âgés (Dix ans à quatorze ans).

Mode de vie

Le chat doit avoir été en contact avec un Coronavirus pour déclarer une PIF. La plupart des chats malades ont vécu auparavant dans des effectifs de chats (refuges, élevage, garderies, magasins) pendant les douzes derniers mois. Le nombre de chats présents dans l'effectif est un facteur prédisposant important. Le risque pour des chats issus de groupes de huit à vingt chats est multiplié par deux (par rapport au groupe de moins de huit chats) et par plus de trois pour les groupes de vingt et un à trente neufs. Cette multiplication du facteur risque avec l'accroissement de la taille de l'effectif a de nombreuses explications :

- Le risque d'introduire un Coronavirus est plus grand

- Chaque chat est en présence d'une très grande quantité de virus - L’ environnement est très contaminé et plus difficile à nettoyer

- D’ autres virus (Herpès, Calicivirus) sont souvent présents

- Ces chats vivant en promiscuité sont soumis à un stress très important.

Aux Etats-Unis, 25 % des chats de particuliers sont séropositifs, contre 95 % des chats d'élevage. Une étude menée par Fehr et coll. montre qu'en Suisse en 1995 49 % des chats de particuliers sont séropositifs contre 100 % des chats d'élevage.

Stress: est le facteur prédisposant le plus important. Le stress peut être - aigu : changement de propriétaire, chirurgie, gestation

-chronique : chats en surnombre (> 4 en milieu confiné), introduction répétée de nouveaux chats, maladies concomitantes, parasitisme important.

Le changement de propriétaire est certainement le stress le plus important qu'un chaton subit dans sa vie. Dans les études de Addie, les chatons morts de PIF humide ont changé de propriétaire ou subi une chirurgie 1 à 2 mois auparavant. La PIF sèche met plus de temps à se développer et apparaît dans cette étude jusqu'à 42 semaines après le changement de propriétaires.

Symptômes

Le chat atteint de PIF est généralement présenté à la consultation pour des symptômes non-spécifiques: anorexie, amaigrissement, léthargie. La fièvre, qui précède ou accompagne ces symptômes, est cependant un signe caractéristique de la maladie : l'hyperthermie est élevée (supérieure à quarante %), dure entre cinq et sept jours, voire plusieurs semaines, et ne répond pas à l'administration d'antibiotiques.

Alors que la maladie progresse, l'état général de l'animal se dégrade avec apparition d'une anémie, d'une déshydratation et de symptômes variables suivant les organes atteints.

Principaux signes d'appel

Symptômes non-spécifiques

F.0.1.

Anorexie, perte de poids d'origine indéterminée

Mortinatalité, infertilité

Épanchements

Distension liquidienne de l'abdomen

Bursite

Dyspnée avec épanchement pleural spécifiques d'organes

Symptômes spécifiques d'organes

Gros reins fermes irréguliers

Ictère ou hépatomégalie

Symptômes neurologiques centraux

Uvéite

Splénomégalie

Lymphadénomégalie mésentérique

Masse pyogranulomateuse iléocoecocolique

Pneumonie interstitielle granulomateuse Signes biologiques

Signes biologiques

Anémie non régénérative

Leucocytose avec neutrophilie ou leucopénie

Hyperprotidémie (hypergammaglobulinémie)

Hyperbilirubinémie (bilirubinurie)

Augmentation de l'activité des enzymes hépatiques

Protéinurie d'origine rénale

Exsudat aseptique (pyogranulornateux ou fibrineux)

Hyperprotidémie du LCR et PNN

On distingue actuellement trois formes de PIF. La forme humide et la forme sèche sont les deux manifestations les plus courantes. La troisième forme, intestinale et nodulaire, est plus rarement observée. Tous les symptômes sont la conséquence des lésions, de vascularite. Il existe une forme humide lors d'atteinte de nombreux vaisseaux et des formes sèches très variables selon les organes atteints.

Si les formes humides sont toujours très évocatrices en pratique, certains signes de forme sèche doivent aussi faire suspecter une PIF, c'est le cas par exemple d'une association symptômes nerveux centraux / uvéite.

Forme humide

Elle est due à un phénomène d'hypersensibilité de type 111 : des complexes immuns se déposent sur la paroi des vaisseaux sanguins, entraînant l'apparition de lésions (vascularite) et la fuite des protéines plasmatiques vers les grandes cavités (thorax, abdomen, péricarde et parfois enveloppes scrotales chez le mâle entier).

En début d'évolution, l'épanchement abdominal est parfois palpable avant d'être visible les anses intestinales deviennent glissantes à la palpation, les séreuses étant lubrifiées par le liquide présent en petite quantité, Avec le temps, une ascite non-douloureuse à la palpation se développe, associée à une fonte musculaire. La maigreur et l'ascite sont parfois les seuls symptômes notables.

Généralement, l'inflammation s'étend aux organes abdominaux entraînant l'apparition d'autres symptômes : diarrhée et vomissement lors d'atteinte intestinale, des ganglions mésentériques ou du pancréas, ictère lors d'atteinte hépatique. Parfois, l'omenturn et le mésentère s'agglutinent en une masse palpable en position cranio-ventrale de l'abdomen. Chez le chat mâle entier, l'épanchement peut envahir les enveloppes vaginales du scrotum.

L'épanchement pleural apparaît dans vingt cinq à trente cinq % des cas et se traduit par une intolérance à l'exercice puis par une dyspnée, même au repos. A l'auscultation, on note une diminution des bruits cardiaques. La percussion, la radiographie et l'échographie permettent de mettre en évidence la présence de liquide intrathoracique et plus rarement intrapéricardique.

Ces épanchements sont à confirmer par ponction. Leur nature est caractéristique de la maladie.

Forme sèche

Cette forme est beaucoup plus difficile à décrire cliniquement, les symptômes étant très variables suivant l'organe atteint. Les dépôts d'immuns complexes provoquent des infiltrations de cellules inflammatoires périvasculaires en surface de l'organe et à l'intérieur de son parenchyme. Ces infiltrats sont responsables de foyers de nécrose tissulaire à l'origine du dysfonctionnement de l'organe atteint.

Les localisations les plus fréquentes sont les yeux, le système nerveux central et les organes abdominaux parenchymateux.

Les lésions oculaires de PIF sont localisées dans la tunique vasculaire de l'oeil et se traduisent le plus souvent par une uvéite antérieure. On observe un myosis, des précipités kératiques, un hyphéma ou un hypopyon. Elles peuvent aussi atteindre le segment postérieur de l'oeil. On observe alors à l'ophtalmoscope la présence de taches périvasculaires, des hémorragies rétiniennes et des détachements rétiniens linéaires.

L'atteinte nerveuse se traduit par des symptômes nerveux multiples, d'apparition progressive. Elle est fréquente et est la seule expression clinique dans un tiers des cas. Les lésions atteignent le système central le plus souvent, mais aussi la moelle épniére et plus rarement les nerfs périphériques. Elles se développent le long des vaisseaux des méninges, du plexus choroïde et dans l'épendyme. On observe des crises convulsives, des tremblements de la tête, un nystagmus et un tourner en rond (atteinte cérébelleuse ou vestibulaire), des changements de caractère, une hyperesthésie, une paralysie ascendante et plus rarement une incontinence urinaire. Bien que de nature variable, tous les symptômes de la forme nerveuse sont caractérisés par leurs multiplicité (ils sont souvent associés) et leur progression inéluctable vers l'aggravation.

L'association uvéite - atteinte du SNC chez un jeune chat est très évocatrice de PIF

L'atteinte rénale est représentée par une néphrite pyogranulomateuse. Les granulomes inflammatoires sont d'abord en nombre limité et asymptomatiques. Ils peuvent ensuite devenir nombreux, volumineux et palpables. On les trouve en surface du rein mais aussi dans le cortex rénal. Ils sont alors à l'origine de l'insuffisance rénale (accompagnée de polyurie, polydipsie) et d'azotémie (augmentation de l'urémie et de la créatininémie plasmatiques). La protéinurie est fréquente lors d'atteinte rénale mais aussi dans les autres formes de PIF.

L'atteinte hépatique se présente sous forme pyogranulomateuse et se traduit par une hépatomégalie, un ictère et des symptômes non spécifiques d'insuffisance hépatique (polydipsie, vomissements).

L'atteinte des autres organes abdominaux (intestin, ganglions mésentériques, rate et pancréas) provoque parfois des vomissements, accompagnés ou non de diarrhée mais est parfois silencieuse.

Signes biologiques et imagerie

Imagerie

- Signes d'épanchement (thoracique, péricardique ou abdominal)

- Lésions nodulaires multiples (foie, rate, reins, poumons, ganglion mésentérique)

Biologie Hyperprotidémie plasmatique (> 80 g/1) : on recherche dans un premier temps l'existence d'un « artéfact », comme une déshydratation, puis on effectue une électrophorèse pour connaître la fraction de protides produite en excès. S'il s'agit des gammaglobulines, la suspicion de PIF est très forte (les autres causes d'hypergammglobulinémie sont des lymphosarcomes et l'infection par le FIV, mais dans ce cas l'hyperprotidémie est moins marquée)

- Liquide d'épanchement (50-120 g/1): la PIF est envisagée comme première hypothèse s'il s'agit d'un liquide visqueux plus ou moins ambré et hyperprotidémique. Il existe de très nombreuses causes d'épanchement, il faut donc systématiquement analyser ces liquides pour éliminer les autres hypothèses.

- Sérologie positive : pour toutes les techniques et le type de rendu de résultat (qualitatif ou quantitatif), le résultat de l'examen sérologique ne permet pas de préjuger de l'existence d'une PIF maladie. Certains animaux synthétisent beaucoup d'anticorps et d'autres non sans être malades de PIF et la sérologie peut être négative chez des animaux malades

- Comment diagnostiquer une PIF

En médecine, même s'il existe une forte suspicion diagnostique, il faut toujours envisager les autres hypothèses diagnostiques. C'est la raison pour laquelle, même lors de forme humide, de diagnostic apparemment aisé, il faut envisager toutes les causes possibles. Les données épidémiologiques sont primordiales. Ainsi, dans un système diagnostique basé sur un score attribué à chaque observation, Pedersen propose de multiplier le total du score par trois si le chat provient d'une chatterie d'animaux de race ou avec des contacts avec de nombreux congénères (magasin, refuge ... ) et par deux si l'animal est jeune (moins de trois ans).

Formes humides

- Examen cytologique et biochimique (protidémie, électrophorèse) du liquide d'épanchement

- PCR quantitative pour une confirmation s'il subsiste un doute

Formes sèches

Ces formes n'étant pas caractéristiques, il est toujours nécessaire d'effectuer des examens pour envisager les autres hypothèses diagnostiques, ex - examen du LCR lors de fon-ne nerveuse - électrophorèse (recherche d'une gammapathie) - radiographie - échographie abdominale - biopsies des organes atteints - sérologie toxoplasmose... La PCR sur sang total peut être intéressante, mais un résultat négatif ne permet d'exclure l'hypothèse d'une PIF

La recherche d'une infection par des rétrovirus (FeLV et FIV) est toujours nécessaire

Dépistage de la PIF Intérêts et inconvénients des différentes méthodes

par Corine Boucraut-Baralon

Docteur Vétérinaire

L'infection par les coronavirus félins est aujourd'hui très répandue dans les collectivités félines. Si répandue même que beaucoup d'éleveurs se posent des questions quant à l'intérêt de son dépistage par rapport au risque réel - assez faible, de voir apparaître des cas de Péritonite Infectieuse Féline (PIF), dans la mesure où aucune méthode de dépistage n'a de valeur prédictive sur le devenir de l'infection et que le coût de ce dépistage n'est pas négligeable.

Cependant, ce nombre de cas de PIF, même si il représente un faible pourcentage des chats infectés par des coronavirus, est en augmentation constante et il est toujours très difficile de gérer pour un éleveur le diagnostic de la maladie chez un de ses chatons, que ce soit chez lui ou plus souvent dans les semaines ou les mois qui suivent la vente.

Les cas de PIF vont apparaître chez des animaux qui ont été infectés par un coronavirus entéritique banal, souvent dans les semaines qui suivent la naissance (une infection massive étant probablement un facteur de risque important). Cette infection est un facteur nécessaire mais pas suffisant : le stress est un également un facteur important tout comme la susceptibilité individuelle (prédisposition génétique fortement suspectée). Les coronavirus entéritiques (FECV) non pathogènes peut subir des modifications génétiques qui auront pour conséquence l'apparition de virus hautement pathogènes (FIPV), capables de se répliquer à un niveau élevé dans les macrophages et de provoquer l'apparition de lésions très caractéristiques dans certains organes.

1- Intérêt du dépistage

Le dépistage (collectif ou individuel) permet de savoir si un effectif est contaminé ou non par le coronavirus. Si le dépistage révèle une absence d'infection (cas de faibles effectifs en particulier), il est important pour l'éleveur de maintenir ce statut et donc d'éviter tout contact avec des animaux porteurs de coronavirus mais également d'alerter les acheteurs sur le risque encouru par un animal négatif qui serait mis en contact d'animaux excréteurs de coronavirus. De nombreux cas de PIF sont décrits chez ces animaux qui, après une primo-infection par un coronavirus entéritique banal et à la faveur d'un stress (changement de milieu par exemple), vont développer souvent rapidement la maladie, pouvant faire penser qu'il vaut finalement mieux vivre avec du coronavirus dans son élevage plutôt que sans.

Si l'effectif est contaminé (c'est-à-dire dans la plupart des cas), il est possible de limiter la circulation de virus en groupant les animaux en fonction de leur statut. Le dépistage des reproducteurs en particulier, bien que coûteux, permet de connaître le statut individuel de chaque animal et en particulier

d'isoler les animaux fortement excréteurs et les excréteurs chroniques (et surtout éviter le contact avec de très jeunes animaux) de sélectionner les animaux plutôt résistants à l'infection (animaux séronégatifs ou excrétant pas ou peu de virus alors qu'ils vivent au contact d'animaux fortement contaminés). Ce dépistage paraît nécessaire au moins dans les effectifs où plusieurs cas de PIF ont été signalés (importance du diagnostic de certitude de ces cas de PIF). La pression infectieuse est en général élevée dans ces collectivités. De plus certaines lignées semblent prédisposées génétiquement

De façon générale, le dépistage est également important pour gérer l'introduction d'un nouvel animal dans l'effectif ou les saillies extérieures qui sont deux facteurs de risque d'introduction du virus.

2- Les moyens du dépistage

Deux grands types de moyens sont disponibles. Ils sont complémentaires.

Méthodes indirectes :

La sérologie permet de détecter la présence d'anticorps dirigés contre les coronavirus quels qu'ils soient. Un animal infecté se positive en quinze jours à un mois après l'infection la plupart du temps. L'excrétion du virus précède la séroconversion. Quelques cas d'absence de séroconversion sur le long terme ont cependant été décrits chez des animaux infectés et porteurs de virus.

En France, de nombreux tests sont mis à disposition des vétérinaires pour ce dépistage

•Tests rapides d'immuno-migration (tests qualitatifs)

•Immunofluorescence (tests quantitatifs) : différents laboratoires proposent ce test mais les méthodes varient en fonction des laboratoires

•ELISA (tests quantitatifs ou qualitatifs selon les labos) : là encore les méthodes différent en fonction du laboratoire.

Il est très difficile voire impossible de comparer les résultats venant de différents laboratoires, tout particulièrement les résultats quantitatifs, y compris si ils ont été obtenus avec la même technique. Même les seuils de positivité peuvent varier (un titre considéré comme faiblement positif dans un labo peut être considéré comme négatif dans un autre). Les résultats obtenus dans les études publiées sont également difficilement transposables pour les mêmes raisons.

Les tests d'immuno-migration sont moins sensibles que les tests effectués en laboratoire.

Ces méthodes ont l'avantage d'être peu coûteuses et sont intéressantes pour évaluer l'infection dans une collectivité. Cependant elles ne permettent pas de connaître avec précision le statut d'excréteur de l'animal et en particulier de détecter les excréteurs chroniques, dont les titres sérologiques ne sont pas différents de certains chats porteurs transitoires. Des animaux ayant éliminé le virus peuvent ainsi rester séropositifs plusieurs semaines voire plusieurs mois, de même que des animaux récemment contaminés peuvent être séronégatifs. Lors de contamination expérimentale ou naturelle, il a été montré que certains animaux ne présentent pas de séroconversion alors qu'ils excrètent du virus. Il existe cependant globalement une corrélation entre la séropositivité et l'excrétion virale. Même si il semble exister une corrélation entre le titre en anticorps et la persistance de l'infection, il n'est pas possible de déterminer précisément le statut d'excréteur d'un animal sur la base d'un résultat sérologique isolé. Certains animaux avec des titres élevés peuvent après isolement voir leur titre en anticorps baisser fortement alors que d'autres, infectés chroniques, présentent toujours des titres élevés après séparation. Il est donc difficile de corréler la quantité de virus excrété et le titre sérologique, surtout au vu de la multitude des tests pratiqués en France. D'où l'intérêt des méthodes de détection directe du virus.

Méthodes directes :

Afin de déterminer le statut individuel d'un animal, il est possible de rechercher directement par PCR (RT-PCR) le génome des coronavirus dans les fèces. Cette méthode est très sensible et permet donc de détecter de très faibles quantités de virus. Une information qualitative présente un intérêt limité sur une analyse ponctuelle dans la mesure où beaucoup d'animaux sont positifs, certains pouvant excréter des quantités très importantes de virus jusqu’à 1016 particules virales dans un écouvillon rectal) et d'autres très peu. Pour confirmer qu'un chat détecté positif auparavant, n'excrète plus de virus, il est nécessaire d'obtenir plusieurs résultats négatifs sur quelques semaines. Pour évaluer le statut d'excréteur chronique, il faut donc renouveler les analyses sur plusieurs mois, ce qui est difficilement réalisable en pratique étant donné le coût. Des méthodes quantitatives ont été développées (real-time RT-PCR), permettant de déterminer le niveau d'excrétion du virus dans les fèces. Plusieurs études ont montré une corrélation entre la charge virale excrétée et la fréquence de l'excrétion, les animaux excréteurs chroniques étant également ceux qui excrètent les quantités les plus importantes de virus en permanence. Sur le plan épidémiologique, ces animaux sont donc particulièrement dangereux. Dans un effectif, les excréteurs chroniques représentent souvent un très faible pourcentage des animaux, il est donc assez simple une fois qu'ils ont été détectés de les isoler et de les exclure de la reproduction. Pour déterminer le statut d'excréteur chronique d'un chat adulte, il est recommandé de tester l'animal une première fois et si la charge virale est importante, de le tester à nouveau un à trois mois plus tard. Si la charge n'a pas évolué, il est probable que l'animal est un excréteur chronique. Ces analyses sont réalisées par PCR en temps réel (laboratoire Scanelis en France).

En revanche, la réalisation d'analyses PCR quantitatives chez de très jeunes animaux (chez lesquels la primo-infection est récente) n'apportera pas nécessairement des informations très pertinentes car chez ces animaux, les charges virales lors de primo-infection sont plus importantes que celles que l'on peut retrouver sur des adultes et elles peuvent évoluer rapidement. Une charge virale très élevée à deux ou trois mois n'a pas de valeur prédictive sur l'apparition de la maladie, ni même sur le statut futur de porteur chronique.

3- Pratique du dépistage et conduite d'élevage

La conduite d'élevage et les mesures préventives sont évidemment très importantes. Le dépistage n'est qu'un outil qui permet de prendre les décisions et de mettre en oeuvre les mesures les plus adaptées à la situation épidémiologique d'un élevage mais également de vérifier l'efficacité de ces mesures.

Par exemple la pratique du sevrage précoce donne des résultats assez contradictoires en fonction des études, Il semble que le sevrage précoce soit plus efficace dans les petits effectifs (moins de six chats) et lorsque la pression infectieuse est faible. Ainsi des mesures de sevrage précoce qui peuvent être très efficaces dans un élevage ne le seront pas forcément dans un autre (d'après certaines études, en milieu très infecté les chatons peuvent se contaminer à deux semaines, notamment si ils naissent de mères porteuses chroniques). Il est donc intéressant de vérifier l'efficacité du sevrage précoce en réalisant des tests sérologiques (à trois mois les chatons doivent être séronégatifs) et éventuellement des tests RT-PCR.

Connaître le statut de son élevage vis-à-vis du coronavirus (sérologies régulières, RT-PCR quantitatives) peut donc être utile pour hiérarchiser les priorités. En effectif très contaminé et notamment si des cas de PIF ont été diagnostiqués, il peut être très efficace de séparer, voire de sortir de l'élevage les quelques animaux excréteurs chroniques (en général 10-15% de l'effectif) afin de limiter la pression infectieuse. Si le niveau de contamination est globalement faible, il est nécessaire de surveiller tout particulièrement les nouvelles introductions.

Les tests présentent tout leur intérêt pour l'introduction d'un nouvel animal dans un effectif. Celui-ci devrait être isolé pendant au minimum 1 mois et deux tests sérologiques réalisés en début et fin de quarantaine pour s'assurer du statut négatif de l'animal. Si l'élevage est négatif, il est important de vérifier l'absence d'excrétion virale par RT-PCR. Si un animal positif doit être introduit dans un effectif déjà contaminé, le niveau d'excrétion de cet animal doit être évalué afin d'apprécier le risque d'introduction. Ce qui est difficile en pratique pour les animaux introduits très jeunes.

4- Intérêts des tests sérologiques et virologiques pour le diagnostic de la PIF . Ces tests de dépistage n'étant pas spécifiques des FIPV, il n'est pas recommandé de les utiliser en première intention. Cependant lorsque les éléments cliniques, hématologiques et biochimiques sont très en faveur d'une PIF ou lorsque l'examen histopathologique ne permet pas de conclure avec certitude, la RT-PCR peut apporter des informations complémentaires pertinentes (notamment recherche du virus dans certains organes comme foie ou rein).

La sérologie est très peu informative en raison du risque de faux positif liée à une infection par les coronavirus entéritiques bénins (cas des chats vivants en collectivité en particulier) et du risque de faux négatif (dans les formes humides notamment). Seuls des titres sérologiques très élevés sur des chats de particulier peuvent être considérés comme ayant une valeur diagnostique. L'intérêt de la RT-PCR est assez controversé car cet examen est considéré comme trop sensible et à l'origine de nombreux faux positifs. Les études réalisées difficilement comparables car utilisant des méthodes différentes donnent des résultats assez contradictoires.

Il apparaît qu'une fois encore, la RT-PCR quantitative est plus intéressante que la RT-PCR conventionnelle puisqu'elle permet d'interpréter le résultat de façon plus fine.

Dans les formes humides, la présence de quantités importantes de virus dans le liquide d'épanchement a une bonne valeur diagnostique alors qu'une faible charge virale peut être rencontrée dans certaines pathologies inflammatoires comme les pancréatites ou certaines cholangio-hépatites.

Dans les formes sèches « localisées » comme les formes nerveuses ou oculaires, le virus sera recherché préférentiellement dans le LCR ou l'humeur aqueuse.

Dans les autres formes sèches, la recherche du virus dans le sang total prélevé au moment des pics d'hyperthermie, surtout si elle est associée à une recherche quantitative dans les feces est très informative. Car même si de faibles quantités de virus peuvent être retrouvées dans le sang de certains animaux porteurs de coronavirus en particulier au moment de la primoinfection, la virémie est plus importante lors de PIF. De plus dans le premier cas, les charges fécales sont extrêmement élevées, ce qui n'est pas le cas lors de PIF.

Dans une étude récente réalisée à l'université d'Utrecht, la sensibilité de la RT-PCR sur les cellules sanguines a été évaluée à quatre vingt treize % (méthode de référence : examen anatomopathologique).). Dans une étude sur trente cinq cas confirmés par l'examen anatomo-pathologique réalisée chez Scanelis, la sensibilité était de 94%. Plusieurs études sur des populations importantes d'animaux asymptomatiques ou atteints de PIF ont montré que la spécificité diagnostique de l'analyse est supérieure ou égale à quatre vingt quatorze % selon le test utilisé. La recherche du virus peut également être réalisée sur des biopsies de rein ou de foie, une charge virale importante est en effet retrouvée dans ces organes chez les animaux développant une PIF. La PCR peut donc s'avérer un outil très intéressant pour confirmer un diagnostic de PIF mais son utilisation n'exclue pas une démarche diagnostique rigoureuse, qui peut permettre souvent d'exclure la PIF sans avoir recours à cet examen complémentaire. Il est important également d'utiliser des tests RT-PCR parfaitement validés afin de s'assurer que la spécificité et la sensibilité sont optimales sur les prélèvements analysés.

Le dépistage de l'infection par les coronavirus est un sujet difficile. Quel outil, à quel moment et à quelle fréquence sont des questions récurrentes auxquelles il n'est pas facile de répondre de façon univoque. Le contexte épidémiologique (taille de l'élevage, cas de PIF, possibilité de séparer les animaux) mais également l'évaluation du rapport coût - bénéfice, très difficile à apprécier, sont autant de facteurs qui entrent en jeu dans la stratégie de lutte contre l'infection par les coronavirus.

Cette lutte passe avant tout par la recherche et l'isolement des porteurs chroniques de virus, peu nombreux, qui jouent un rôle majeur dans la transmission de l'infection aux jeunes et donc constitue un facteur de risque important d'apparition de cas de PIF. La méthode de RTPCR quantitative permet de rechercher ces porteurs chroniques avec des protocoles moins lourds que la RT-PCR conventionnelle.

Quelques références bibliographiques récentes pour en savoir plus

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Hartmann K and coll, 2003. Comparison of différent tests to diagnose Féline Infectious Peritonitis. J vet Intern Med, 17, 781-790.

Horsinel M, Lutz H, 2001 An update on féline infectious peritonitis. Vet Sci Tommorow, issue 1 (www.vetscite.org)

Perdersen NC and coll., 2004. Common virus infections in cats, before and after being placed in shelters, with emphasis on féline enteritic coronavirus. JFeline MedSurg, 6, 83-88.

Simons FA and coll, 2005. A mRNA PCR for the diagnosis of féline infectious peritonitis. J Virol Methods, 124, 111-116.

 

Actualités en matière de vaccination contre la PIF

par Pr. Marian C. HORZINEK

Faculté de Médecine Vétérinaire de Utrecht

La Péritonite Infectieuse Féline (PIF) est une maladie importante pour le clinicien félin; elle est mortelle dans la majorité des cas, sa biologie est mal connue et sa prophylaxie difficile. C'est aussi une maladie énigmatique : une maladie virale sporadique est, en soi, un non-sens. On s'attend à une poussée épidémique lors de maladies virales, ou au moins à une contamination selon un schéma constant au sein de la population féline. Un autre fait troublant est que les anticorps n'apportent aucun bénéfice au chat. Au contraire, dans certaines circonstances, ils peuvent même précipiter l'expression clinique, étant responsables du phénomène de « mort précoce ». La détection des anticorps n'apporte rien non plus au vétérinaire praticien, puisque les titres n'ont pas de signification, à titre individuel, pour le diagnostic ou le pronostic. Un vaccin existe dans certains pays, qui n'est efficace véritablement que sur des chatons séronégatifs (non infectés). Comme la plupart des chatons sont déjà porteurs du virus, que leur mère leur a transmis, l'efficacité du produit est limitée. Les nouvelles voies de développement d'un vaccin demandent une connaissance précise de la génétique moléculaire - les temps des vaccins atténués développés empiriquement sont définitivement révolus.

La polysérosite à coronavirus félin, comme on devrait l'appeler, n'est que la partie mortelle visible de l'iceberg d'une infection féline commune avec un groupe de virus ubiquitaires. La plupart des coronavirus sont inoffensifs et parfaitement adaptés à se multiplier dans l'intestin. Ils ont été nommés « coronavirus entéritiques félins » (FcoV), pour les distinguer des virus mortels qui se répliquent dans les macrophages. Infectés persistants, les chats en bonne santé jouent le rôle le plus important dans l'épidémiologie de la PIF, car en hébergeant les FcoV dans leurs intestins et leur sang, ils sont une source permanente d'infection. Le virus est excrété dans les féces, la salive et peut-être d'autres sérosités. En plus de ces « patho-types », les coronavirus se présentent sous deux sérotypes, qui peuvent tous deux donner la forme la PIF après avoir subi quelques changements génétiques subtils. C'est seulement pour des raisons de facilité que nous continuerons à utiliser le terme de virus de la PIF (FIPV) - pour nommer ces virus FCoV des souches qui portent la (les) mutation(s) responsable de l'augmentation de la virulence.

Une perspective de virologiste

Les Coronavirus (genre Coronavirus, ordre Nidovirales) sont des virus pathogènes banaux présents chez les Mammifères (donnant le SARS et une forme de rhume de cerveau chez l'Homme, la gastroentérite transmissible chez le porc, la diarrhée chez les Bovins, etc.) et les Oiseaux ( avec la bronchite infectieuse des poulets et la maladie de la crête bleue des dindes). Ce sont des virus enveloppés, avec un génome à ARN de 30 kilobases de longueur, faisant d'eux les plus grands virus à ARN. Il est généralement admis qu'un nucléotide sur 10000 est modifié à chaque réplication de l'ARN du génome. En conséquence, des myriades d'erreurs de copie sont possibles : le génome du coronavirus contenant à peu près 30 000 nucléotides, l'un pourra être différent sur au moins un nucléotide. Il n'y aura donc pas deux coronavirus parfaitement identiques du point de vue génomique - une notion qui a conduit au concept des quasi-espèces. Les virus évoluent plus d'un million de fois plus vite que les micro-organismes cellulaires, et on peut se demander comment ils arrivent à maintenir leurs identités en tant que pathogènes pendant une période d'évolution.

Les coronavirus félins provoquent des infections entéritiques modérées dans la plupart des collectivités félines en Europe de l'Ouest et aux USA. Les virus à basse virulence, FcoV et les virus provoquant la PIF sont très proches génétiquement, et nous pensons que ces derniers sont des variants virulents des premiers, qui prennent naissance sur des individus, hôtes infectés pennanents FCoV. Ceci implique que deux cas de PIF ne peuvent avoir des virus identiques et que la transmission horizontale, c'est-à-dire d'un chat à un autre - bien qu'elle puisse arriver - est une exception plutôt que la règle.

Le statut de porteur FCoV

Les études épidémiologiques suggèrent que les FCoV peuvent être à l'origine d'infections persistantes, que le statut de porteur existe, et que beaucoup d'infections ne sont pas éliminées par le système immunitaire du chat - ou alors seulement à long terme. Il est acquis qu'un chat sain avec des anticorps Coronavirus peut provoquer la séroconversion d'animaux à son contact en 2 à 10 semaines. L'infection est disséminée par la voie oro-fécale, et certains des animaux en contact peuvent mourir de la PIF. La première évidence claire du statut de porteur est venue d'une expérience dans laquelle les chats étaient infectés avec une dose inframortelle de culture de tissus cultivés sur le virus de la PIF et tenus en milieu isolé. Pour induire une PIF, les chats avaient été sur-infectés avec le virus de la leucémie féline, qui est connu pour être fortement immuno-suppressif pour la lignée des lymphocytes T. De ce travail, il est apparu que le virus de la PIF pouvait persister chez l'hôte expérimental au moins 4 mois. Le génome viral à ARN peut être retrouvé dans presque tous les tissus, mais nous n'avons retrouvé le messager ARN (qui est synthétisé uniquement quand le virus se réplique) que dans l'iléum, le colon et le rectum ; dans ces organes intestinaux, on a pu aussi mettre en évidence par immunochimie des cellules individuellement infectées par le FcoV (c'est-à-dire peu de cellules par rapport à tout le tissu infecté). Ces découvertes ont apporté la première mise en évidence que le FcoV pouvait causer des infections chroniques.

Récemment, une modification de la méthode conventionnelle de RT-PCR a été mise en place - la technique Taqman. Elle permet de tester de nombreux prélèvements en très peu de temps, et permet également une analyse quantitative significative des génomes Fcov dans un échantillon -par exemple des écouvillons de salive sur des chats individuels. Avec cette technique, les chats excréteurs chroniques de coronavirus au sein d'un effectif peuvent être identifiés facilement et isolés.

Les chercheurs de l'Université de Bristol ont confirmé ce concept épidémiologique en utilisant une approche différente. Ils ont pu cultiver du virus FCoV à partir du sang de chats sains venant de collectivités félines séropositives. La conclusion à laquelle ils sont arrivés était la même : la majorité des chats en bonne santé vivant en collectivité avec un historique de PIF sont infectés persistants par le FCoV. La -découverte importante de cette analyse biologique significative a été que les virus isolés étaient de la souche sous-type 1, « non cultivables » sur culture cellulaire.

De l'état de porteur FCoV à la PIF

Qu'est ce qui conduit de l'infection à la maladie, de l'état de porteur du FcCoV à celui de la PIF ? Cette question sera posée par n'importe qui lorsqu'il entend l'anamnèse classique d'un chaton obtenu d'un éleveur de bonne foi, maintenu isolé des autres chats et qui meurt de la PIF quelques semaines après son achat.

L'événement pathogénique --clé dans la PIF est l'infection des monocytes et des macrophages. Il y a une grande évidence pour une implication du système immunitaire dans la pathogénèse de la PIF ; quand on transfuse des chats avec des IgG purifiées de sérum de chats FCoV, ces chats développent bien sûr une forme foudroyante de PIF, dans les conditions expérimentales. Nous savons également quels sont les anticorps qui détruisent le virus : lorsque les recombinants viraux avec la vaccine, exprimant un seul gène, sont injectés pour protéger des chats, des syndromes de «mort précoce » sont apparus seulement sur le groupe qui avait été en contact préalable avec la protéine d'enveloppe.

Le scénario fatal peut être ainsi décrit : un chaton est né, a été allaité par une mère séropositive et protégé de l'infection par les anticorps colostraux pendant ses premières semaines. Lorsque les anticorps maternels ont disparu, la protection mucosale a décliné et le chaton s'est infecté au cours d'un épisode d'excrétion maternelle du FCoV. Un épisode fugace de diarrhée avec des éternuements occasionnels peuvent être les seuls signes d'expression clinique. Une immunité active se développe alors, mais qui n'est pas totale dans la plupart des cas : coexistent au sein de l'organisme du chaton à la fois des virus et des anticorps et une immunité cellulaire efficace maintient les macrophages et les monocytes sous contrôle, Au sein d'une petite communauté féline, socialement stable, ce chaton peut vivre heureux longtemps.

Prophylaxie

Une approche prometteuse pour prévenir la PIF - basée sur l'isolement des chatons après un sevrage précoce - a été développée par le groupe de Glasgow - mais c'est un travail laborieux, qui demande la coopération active du propriétaire/éleveur et ne motive pas le vétérinaire. D'autre part, des études menées indépendamment dans les mêmes conditions expérimentales n'ont entreiné que des effets minimes.

Une autre possibilité est de retirer de la communauté les chats qui excrètent le virus en grande quantité. Ceux-ci peuvent être identifiés par la technique de PCR Taqman : pour une analyse significative il suffit de réaliser 4 prélèvements à quelques semaines d'intervalle. Les chats excréteurs peuvent être identifiés dans les conditions terrain et séparés du groupe, ce qui diminue la pression infectieuse sur le groupe pour les chats restants. Il reste à prouver si cette approche est efficace. Cependant, le bon sens suggère qu'avec d'autres mesures (maintenir les chats en groupes de petit nombre, éviter les contacts entre les groupes, nettoyer fréquemment les bacs à litière, n'introduire de nouveaux chats qu'après quarantaine et dépistage par PCR, etc.) l'élimination des chats excréteurs peut être utile.

La méthode de référence d'élimination d'une maladie est la vaccination, et le seul produit disponible à l'heure actuelle ne peut objectivement protéger que les chatons non infectés.

nous avons utilisé notre système de révertant, par génie génétique, pour le développement d'un vaccin vivant modifié contre la PIF. Le génome du coronavirus contient deux groupes spécifiques de gènes qui s'expriment en deux groupes (les gènes 3a, 3b et 3c) et les gènes 7a et 7b. Après délétion des virus de type 2, sur 3abe ou 7ab, nous avons obtenu des virus avec une délétion mutante qui présentait un phénotype atténué. A des doses où le virus sauvage serait mortel, les virus mutants délétés ne provoquaient aucun symptôme. Ils induisaient cependant une réponse immunitaire, au vu des titres élevés en anticorps séroneutralisants. Le virus mutant n'ayant pas le groupe 3abc, et dans une moindre mesure celui n'ayant pas le groupe 7ab, a protégé les chats contre une épreuve virulente avec le virus mortel homologue. Dans le même temps, des résultats ont été obtenu pour les virus de type 1, le sérotype prédominant en Europe.

Nos études ont montré que la délétion de groupes de gènes spécifiques du génome du coronavirus peut donner naissance à des candidats vaccins vivants atténués délétés contre la PIF. D'une façon plus générale, des vaccins contre d'autres coronavirus pathogènes, incluant ceux responsables du SARS (infection respiratoire aigüe sévère) chez les humains sont désormais à notre portée.

 

 

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